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ARRETEZ DE MOTIVER VOS EMPLOYES !

Cécile observe la balle de ping-pong rebondir de part et d'autre de la table. Il est 15h00.

 

La balle orange passe d'une raquette à l'autre, rebondissant au rythme du claquement des aiguilles sur sa montre. 15h01. Cécile a hâte de rentrer chez elle. Un collègue s'approche d'elle et entame une discussion. Mais Cécile n'en a que faire. Elle ne souhaite que rentrer et se préparer pour sortir, avec ses vrais amis.

 

Lorsque Cécile est arrivée dans cette agence de publicité, elle était pleine d'entrain et de créativité.

 

L'avenir s'ouvrait devant elle. Elle n'avait pas démarré son premier jour que déjà elle se voyait directrice publicitaire, ou ouvrir sa propre boîte de pub. L'entretien de recrutement s'était tellement bien déroulé qu'elle ne pouvait s'attendre qu'à avoir carte blanche pour développer tout son potentiel.

 

Les premiers jours servirent à rencontrer tout le monde. On lui présenta ses collègues de bureau, la cantine, la salle de repos, la machine à café.  Cécile avait tendance à rester sur son bureau, malgré l'appel de ses collègues. Elle supportait mal le café après 15h. Elle restait donc concentrée sur son dossier, à s'imaginer les meilleures stratégies possibles pour capter l'attention du client.

 

Mais ici tout le monde lui paraissait à cheval sur les horaires de pause et de travail.

 

Très vite, son supérieur lui rappela qu'elle était là pour dessiner. Et seulement pour cela. Premier coup dur. Sa collègue, Julie, se chargeait d'harmoniser les couleurs. Cécile, elle, ne devait qu'en dessiner les formes. Pas n'importe comment bien sûr, mais suivant le schéma décrit par Thomas, qui l'avait préalablement soumis à leur supérieur hiérarchique.

 

Cécile avait averti lors de son recrutement qu'elle détenait des notions concrètes de mise en forme pour capter au mieux l'attention du public cible. On lui avait répondu qu'elle aurait tout loisir de pouvoir les mettre en application. Mais les recruteurs n'avaient peut-être pas conscience de la réalité du process. S'ils savaient le temps qui se perd ici...

 

Néanmoins, Cécile eu une fois une idée brillante, car on ne peut pas stopper un cerveau qui marche si bien.

 

Elle suggéra de modifier l'audio d'un slogan publicitaire entre l'entre-coupant de pause. Elle était convaincue qu'un spectateur habitué aux publicités, relèverait la tête pour vérifier que son téléviseur ne dysfonctionne pas, en n'entendant plus de bruit. Un réflexe banal suite à une coupure de son dans une période publicitaire. Elle alla voir son chef pour lui en parler qui trouva l'idée surprenante et très intéressante. Mais il ne la chargea pas de mener à bien le projet, ou de le communiquer au responsable audio. Il s'en chargea lui-même. Cécile n'avait plus qu'à retourner à son poste de travail.

 

Cette brillante dessinatrice compris qu'elle n'était là que pour exécuter ce qu'on lui demandait.

 

Quand elle était source de proposition, qu'elle faisait preuve d'initiative, on lui expliquait que cela n'allait pas, ou que ça ne la concernait pas. Elle compris vite que pour avancer dans son travail elle devait demander validation à son supérieur à chaque étape.

 

Elle n'était même plus libre du "comment".

 

Son supérieur ne se satisfaisait pas de lui dire "pour qui" ou "pour quoi" elle devait faire son travail, mais il lui rabâchait sans cesse "comment" il voulait que cela soit fait. Alors, même si ce n'était pas la méthode la plus efficiente, elle faisait. Elle s'amusait à faire de nombreux copier-coller, de nombreux aller-retour et mouvements inutiles de souris. Elle savait qu'elle pouvait optimiser tout cela, mais elle avait 8h à faire dans sa journée donc bon... Elle comprenait aujourd'hui qu'il valait mieux faire semblant pour être tranquille.

 

Trois mois après son arrivée, alors qu'elle prenait le café à 15h, ses supérieurs installèrent une table de ping-pong.

 

C'était un cadeau, pour les amener à se dégourdir les jambes et à partager des moments de convivialité. Cécile n'en a jamais compris l'utilité. Elle se demandait pourquoi ils amélioraient leur pause-café au lieu d'améliorer leurs conditions de travail. Elle sentait bien qu'ils faisaient ce qu'ils pouvaient pour les motiver : primes, loto, valeurs de l'entreprise, journée conviviale, création de collectif, ... Cécile voyait bien qu'ils se démenaient pour que les salariés donnent plus de leur personne. Mais aucun d'entre eux n'en avaient envie, puisqu'ils n'avaient de toute façon aucun pouvoir pour changer concrètement les choses.

 

La balle ne rebondit pas sur la table ce coup-ci et finit à ses pieds. La matière plastique la réveilla de ses souvenirs. Elle vit entrer son supérieur accompagné par un homme très charismatique. Son chef s'exprima :

 

-Voici notre nouveau directeur marketing. Vous souhaitez prendre la parole ?

-Bien sûr. Hum, c'est une jolie table ping-pong que vous avez là.

 

Cécile s'attendait déjà à ce qu'il fasse semblant d'être proche des petites mains en tapotant la balle avec eux. Mais non. Il  reprit :

 

- Bien belle, mais elle n'a pas sa place ici. Nous allons la transférer ailleurs. Je propose qu'elle finisse dans la salle réservée aux jeunes. A partir d'aujourd'hui, je vous autorise à venir au travail avec vos enfants. Que vous ayez à aller les chercher à l'école, ou à vous occuper d'eux le mercredi après-midi, vous pourrez faire ça d'ici. Ils s'occuperont entre eux grâce à cette...cette magnifique table de ping-pong.

 

Je compte aussi remettre l'opérationnel au coeur de notre métier. Nous faisons des publicités pour nos clients, est-ce que quelqu'un ici en a déjà rencontré un ? Personne j'imagine. A partir de maintenant, vous serez en relation directe avec le client. Je vous demande de l'aimer et de faire en sorte qu'il nous aime à son tour. Accordez-lui tout ce qu'il demande. Vous seuls savez ce qui est possible ou impossible. C'est celui qui fait qui sait.

 

Si un client est mécontent, ce n'est pas notre service après-vente qui ira s'expliquer, mais vous. Vous même, en personne, vous irez remédier au problème du client. Vous avez le droit de construire avec lui son projet, et de faire en sorte que nous soyons reconnu pour notre assistance, notre appui, et notre créativité. Je ne veux pas savoir quand, comment et où vous allez satisfaire nos clients, mais c'est la seule chose qui compte pour moi. Si vous devez parfois travailler tard, amener votre chien au bureau, votre chat ou tout ce qui peut vous empêcher d'être concentré jusqu'au bout.

 

Je vais créer un espace "protecteur" dans lequel la parole sera libre. Tous les vendredis matins, nous passerons deux heures ensemble pour que vous puissiez vous exprimer sur ce qui va, ce qui ne va pas, les idées que vous avez pour notre entreprise, les problèmes que vous rencontrez. Vos supérieurs sont là pour organiser, gérer, et répondre à vos besoins. Ils ne seront plus là pour répondre à la moindre de vos questions ! Votre chef ne peut pas avoir la réponse à chaque question de chacun de ses salariés !

 

Il passera régulièrement voir si tout va bien, et de quelles ressources vous avez besoin. Il n'est pas là pour résoudre les conflits entre vous. Pour cela, nous aurons des discussions de groupes.

 

Je m'arrête là pour aujourd'hui. Mais de belles autres choses nous attendent encore. Rentrez chez vous. Immédiatement. Réfléchissez à ce qui vous attend demain. Vous prenez votre travail en main, et nous serons là pour vous aider à prendre ces nouvelles responsabilités".

 

Voilà le discours qu'on tenu certaines entreprises comme Sounds True, RHD, Ventura, Heiligenfeld, FAVI, et d'autres encore.

 

Trois mois plus tard, Cécile est débordée. Mais elle a le sourire. Elle a fait l'erreur de s'investir sur trop de projets. Il faudra qu'elle en parle vendredi. Elle sait qu'elle trouvera de l'aide. Son supérieur vient à l'instant de lui conseiller de prendre une pause. C'est vrai qu'elle est restée concentrée un moment. Elle a toujours était beaucoup trop perfectionniste. Ses collègues lui ont fait la remarque a plusieurs reprises, et elle a promis de s'améliorer. Elle l'a même inscrit dans son contrat social qui fait aujourd'hui office d'entretien professionnel. Elle a demandé une formation sur une méthode de travail plus efficace, pour arriver à lâcher l'affaire de temps en temps et se concentrer sur l'essentiel pour avancer. Elle se plait dans cette entreprise. Elle tourne la tête et aperçoit Nicolas, un nouvel arrivé qui a un peu de mal à comprendre tout ce qui se passe ici. Il a besoin d'aide, alors elle se doit d'y aller.

 

 Comment procéder ?

 

Pour reprendre les propos d'Isaac GETZ, pour faire fleurir un bourgeon, le jardinier n'y met pas ses gros doigts dedans. Il ne déplie pas ses feuilles une à un en espérant qu'une fois qu'elles seront toute en place, elles vont tenir toute seule. Non. Il s'attache à maintenir un niveau d'humidité suffisant, à l'exposer régulièrement au soleil, et à lui donner tous les minéraux dont elle a besoin. Voilà comment il arrive à faire éclore une fleur.

 

 

Quelques chiffres :
 
Les employés français sont parmi les plus désengagés d'Europe (institut de sondage Gallup 2018). En France, le pourcentage de salariés activement engagés, preneurs d'initiatives, créateur de procédés, animateur, diffuseur d'énergie, est de 9%. Un chiffre très faible. Seulement 9% des salariés en France ne subissent pas le travail comme une fatalité, ne viennent pas travailler "parce qu'il faut travailler" mais viennent par plaisir de ce qu'ils vont accomplir dans la journée. Un chiffre terrible quand nous savons que nous passons 70% de notre temps actif au travail. 
Le travail compose nos journées, il revient inlassablement jour après jour, et ce quotidien représente une fatalité pour 65% des salariés. Gallup les nomme les salariés "désengagés". Ils viennent au travail pour aussitôt repartir, mais savent qu'ils doivent accomplir leur journée de travail. Ils font le minimum, ils essaient de faire bien pour que la journée passe sans encombres. Ils travaillent pour avoir la paix. Il s'agit de la matière première à travailler si vous souhaitez relancer votre entreprise. Cela tombe bien, ils sont nombreux !
Enfin, les 26% restants constituent les salariés "activement désengagés", c'est-à-dire qu'ils viennent au travail pour exprimer leur malaise. Ils participent au freinage de votre entreprise, ils rament à contre-sens, ils exercent une pression négative sur les salariés activement désengagés.
Pourquoi ?
Car un salarié bien dans son travail produit plus. Il est donc source d'inquiétude pour ses collègues, qui peuvent y voir une augmentation du niveau de qualité ou de production attendu par la hiérarchie.
Nous pouvons conclure aussi en expliquant que si nous sommes aujourd'hui avant-dernier dans ce classement européen, cela veut dire que nos voisins font mieux. Ce n'est donc pas une utopie, ou une poursuite de chimères. Faire en sorte qu'un salarié se sente bien dans votre entreprise et produise plus, c'est possible, d'autres l'ont fait avant vous. Dans cette course européenne à la croissance, ils ont une longueur d'avance.

 

Rédigé par Bastien GARCIA